Tena, Équateur, octobre 2026
Depuis 2024, à Tena, en Équateur, le projet accompagne quatre communautés dans la plantation et l’entretien de milliers d’arbres agroforestiers. Porté sur le terrain par l’association partenaire Ishpingo, ce projet vise à restaurer des parcelles dégradées tout en donnant aux familles paysannes de nouvelles sources de revenus, entre bois d’œuvre et fruitiers. Retour sur une année 2025 charnière, marquée à la fois par l’achèvement des plantations, le développement des jeunes arbres et l’apparition d’une menace inattendue.
Rappel : deux ans pour poser les bases
Le projet s’appuie sur quatre communautés du bassin de Tena : Machakuyaku, Yana Urku et Kuyaloma, dans le secteur de Misahualli, ainsi que Sindy, de l’autre côté du fleuve Napo, dans le secteur de Puerto Napo. Dans ces villages, où l’on vit principalement de la vente de manioc, de bananes, de cacao et de maïs, des familles se sont engagées à consacrer une partie de leurs terres à l’agroforesterie.
En 2024, quatre pépinières communautaires ont produit l’ensemble des plants nécessaires : 6 540 arbres de bois d’œuvre et 10 009 fruitiers, soit 16 549 arbres au total. Ces plants ont ensuite été répartis équitablement entre les bénéficiaires, et une première vague de plantation a eu lieu entre octobre et décembre 2024.
2025 : la boucle des plantations se referme, le suivi s’installe
C’est en tout début d’année 2025 que les 16 549 arbres prévus étaient enfin tous en terre, chez les familles partenaires du projet, et les coordonnées GPS de chaque parcelle ont pu être relevées.
Le reste de l’année a été consacré au suivi technique, essentiel dans les premiers mois de vie des jeunes arbres. Entre mars et juin 2025, les équipes techniques ont réalisé un premier passage sur les parcelles plantées fin 2024, formant les agriculteurs à la gestion de l’ombre et au couronnement des plants — les gestes qui conditionnent la survie des arbres durant leur période la plus fragile.
Au second semestre, le suivi s’est intensifié avec une deuxième visite, environ un an après la mise en terre : taille de formation des fruitiers pour favoriser des branches vigoureuses et une récolte facilitée, taille des arbres de bois d’œuvre pour ne conserver que la tige principale, et apport d’un engrais foliaire biologique pour soutenir la croissance.
Ce deuxième suivi a globalement confirmé la bonne santé des plantations : à Kuyaloma, 92 % des parcelles affichent un taux de survie supérieur à 80 %, et 58 % dépassent même 90 %. Les rares difficultés rencontrées restent circonscrites — sols argileux, ombrage mal maîtrisé, attaques de fourmis ou sécheresse localisée — et font l’objet d’un accompagnement individualisé.
Sindy, une communauté sous pression
C’est à Sindy que 2025 a pris un tournant plus difficile. L’avancée du front minier et l’exploitation illégale de l’or alluvial le long du fleuve Napo ont commencé à toucher directement la communauté : quatre bénéficiaires du projet ont cédé à la pression économique et vendu leur parcelle, aujourd’hui détruites et difficiles d’accès.
Malgré ce contexte, les 19 parcelles restantes de Sindy affichent des résultats solides, avec 83 % d’entre elles au-dessus de 80 % de survie. Un noyau de bénéficiaires historiques, déjà engagés lors d’une précédente saison de plantation et qui ont depuis fait rejoindre des proches au projet, constitue aujourd’hui le pilier de la reforestation dans cette communauté où l’exploitation minière divise. Les visites de terrain, y compris informelles, ont permis de confirmer que ces familles restent déterminées à préserver leur territoire.
Perspectives : consolider, diversifier, résister
Le second suivi annuel, achevé en janvier 2026 pour les dernières parcelles, confirme que le projet reste globalement dans ses objectifs malgré les pertes enregistrées à Sindy. La priorité pour 2026 est claire : un troisième passage de suivi est prévu à partir d’août 2026 sur l’ensemble des parcelles, avec une attention particulière portée à l’accompagnement des familles de Sindy face à la pression minière.
À plus long terme, il est prévu de développer des pépinières autonomes de cacao « aroma fino » qui permettront aux communautés de diversifier durablement leurs revenus, réduisant d’autant la tentation de solutions de court terme comme la vente de terres à l’exploitation aurifère. Pour Ishpingo comme pour A Tree for You, l’enjeu des années à venir dépasse la seule croissance des arbres : il s’agit de consolider des systèmes agroforestiers suffisamment rentables et résilients pour que les familles paysannes du bassin de Tena continuent de choisir la forêt plutôt que la mine.









